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ABDOULAY THE CREATOR : “Il faut créer la tendance, pas suivre la tendance.”

  • May 12
  • 4 min read

Pendant longtemps, les créateurs de contenu congolais ont été réduits à de simples amuseurs des réseaux sociaux.

Mais aujourd’hui, une nouvelle génération tente de transformer cette image et de construire quelque chose de plus durable : une identité culturelle, visuelle et créative.


Parmi eux, Abdoulay The Creator s’est progressivement imposé comme l’un des visages les plus reconnaissables de la création digitale au Congo.


Dans cette interview accordée à COLLECTIF, il revient sur son parcours, la mode, les difficultés du milieu, le manque de structuration de l’industrie créative congolaise et la nécessité pour les jeunes créateurs de construire une véritable identité.


“Je suis une personne qui fait ce qu’elle veut.”


Quand on lui demande de définir son univers créatif, Abdoulay refuse immédiatement les cases.


Pour lui, la création reste avant tout instinctive.

Il explique fonctionner principalement à l’idée, à l’énergie du moment et à la spontanéité.


Mais derrière cette apparente simplicité se cache un long processus de construction.


Selon lui, développer une identité forte prend du temps.

Il faut d’abord s’inspirer, observer, tester, avant de progressivement créer quelque chose qui devient immédiatement identifiable.


“Quand on voit un truc, même sans qu’on me dise, on sait que c’est sûrement moi derrière.”


Une logique qu’il applique autant à ses vidéos qu’à son rapport à la mode.


Entre contenu digital et culture visuelle


Pour Abdoulay, la mode n’est pas un simple détail esthétique.

Elle fait partie intégrante de la communication et de l’identité.


Il considère même que l’apparence reste la première forme de langage visuel.


“Les habits, c’est la première chose qu’une personne voit chez toi.”


Au fil des années, son contenu a progressivement mélangé humour, mise en scène, lifestyle et influences issues de la sapologie congolaise.


Une manière, selon lui, de participer à l’évolution d’une culture visuelle locale encore trop sous-estimée.


Il affirme également que les créateurs de contenu influencent réellement la manière dont les jeunes s’habillent aujourd’hui au Congo.


Même si beaucoup refusent de le reconnaître.


Le travail derrière les vidéos


Derrière les vues et les réseaux sociaux, Abdoulay insiste sur une réalité souvent invisible : le travail.


Certaines vidéos d’une minute peuvent lui demander plusieurs semaines, voire plusieurs mois de préparation et de montage.


Il raconte aussi les débuts difficiles.


Avant d’avoir son propre téléphone, il parcourait de longues distances pour emprunter celui de son grand frère afin de tourner ses vidéos.


Sa première collaboration rémunérée à Pointe-Noire lui rapporte 65 000 FCFA.

Avec cet argent, il achète son premier iPhone.


C’est à ce moment-là qu’il comprend que la création de contenu peut devenir un véritable métier.


“Au Congo, on peut vivre de la création.”


Contrairement à beaucoup d’idées reçues, Abdoulay affirme clairement qu’il vit aujourd’hui de la création de contenu.


Mais il nuance immédiatement la question de la rémunération.


Selon lui, les créateurs ne peuvent être correctement payés que s’ils arrivent d’abord à prouver leur valeur et à professionnaliser leur travail.


Il critique aussi le manque de considération accordé aux jeunes créateurs au Congo.


“On est dans un pays où on sous-estime beaucoup les jeunes.”


Pour lui, le problème est collectif : tant que le secteur restera désorganisé, les créateurs auront du mal à être pris au sérieux.


Les difficultés de créer au Congo


L’un des passages les plus marquants de l’interview concerne les obstacles rencontrés localement.


Abdoulay évoque notamment les difficultés pour tourner dans certains lieux, les interdictions fréquentes de filmer et l’importance des relations pour accéder à certaines opportunités.


Mais surtout, il revient avec émotion sur une opportunité internationale manquée à cause de problèmes administratifs liés au passeport.


Une expérience qu’il décrit comme douloureuse.


Selon lui, cette situation dépasse largement son cas personnel et révèle les difficultés auxquelles de nombreux jeunes créateurs congolais sont confrontés.


“Les créateurs doivent arrêter de tout faire.”


Pour Abdoulay, l’un des principaux problèmes du secteur au Congo reste le manque de spécialisation.


Il estime que beaucoup de créateurs cherchent à suivre toutes les tendances sans développer une véritable identité éditoriale.


Selon lui, chaque créateur devrait construire une niche claire et identifiable.


Mode, actualité, humour, beauté, cinéma, lifestyle : chacun doit comprendre ce qu’il apporte réellement.


“Il faut créer la tendance, pas suivre la tendance.”


Transmettre et donner de la force


Malgré sa visibilité actuelle, Abdoulay insiste beaucoup sur l’importance d’aider les autres créateurs.


Il explique avoir lui-même connu des débuts compliqués et des refus.


Aujourd’hui, il collabore volontairement avec des profils plus petits afin de transmettre ce qu’il a appris.


Pour lui, la réussite ne doit pas être individuelle.


“Ayez confiance en vous.”


À la fin de l’interview, Abdoulay adresse un message aux jeunes créateurs africains.


Le conseil qui revient le plus souvent : la confiance en soi.


Selon lui, beaucoup abandonnent trop tôt ou essaient de copier des tendances au lieu de croire à leur propre vision.


Il encourage les jeunes à construire progressivement leur identité et à valoriser leur culture.


Parce qu’au final, ce qui marque vraiment les gens n’est pas uniquement le buzz ou les statistiques.


Mais une personnalité reconnaissable.


Une vision.


Et une identité.

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